Modification de sonorisation, travaux, nouvel aménagement : faut-il refaire son EINS ?

modification sonorisation EINS

Changer ses enceintes, déplacer la scène, modifier l’agencement d’une salle, installer un limiteur ou augmenter la capacité d’accueil d’un établissement peut sembler relever d’un simple choix technique ou commercial.

Pourtant, lorsqu’un établissement diffuse habituellement des sons amplifiés à des niveaux sonores élevés, ces modifications peuvent avoir un impact direct sur les conclusions de l’étude d’impact des nuisances sonores.

La question de la modification sonorisation EINS se pose donc dès lors que les conditions réelles d’exploitation ne correspondent plus à celles étudiées lors de l’établissement du document.

L’objectif n’est pas nécessairement de refaire systématiquement toute l’étude. Il s’agit avant tout de vérifier si l’EINS existante reste représentative de la situation actuelle et si ses prescriptions sont encore adaptées.

Dans quelles situations une EINS peut-elle devenir obsolète ?

Une EINS est réalisée à partir d’une situation donnée : caractéristiques du lieu, environnement, configuration de la sonorisation, niveaux diffusés et conditions d’exploitation.

L’arrêté du 17 avril 2023 prévoit notamment que l’étude tienne compte des conditions représentatives de fonctionnement du lieu et de l’installation de sonorisation. Elle doit également intégrer les différentes configurations envisagées pour le lieu.

Lorsque ces paramètres évoluent de manière significative, il devient donc nécessaire de vérifier si les conclusions initiales restent valables.

Remplacement ou modification de la sonorisation

Le changement du système de diffusion sonore est l’un des cas les plus évidents.

Une nouvelle installation peut présenter :

  • une puissance différente ;
  • une directivité différente ;
  • une réponse en fréquence différente ;
  • une implantation différente dans la salle ;
  • un niveau maximal d’exploitation différent ;
  • une meilleure ou moins bonne maîtrise des basses fréquences.

Remplacer deux enceintes par un système plus puissant n’a évidemment pas le même impact qu’un simple remplacement à caractéristiques équivalentes.

Mais la puissance électrique indiquée sur les équipements ne suffit pas à elle seule pour déterminer l’impact acoustique.

L’emplacement des enceintes et leur orientation jouent également un rôle majeur.

Une enceinte initialement dirigée vers l’intérieur du bâtiment peut, après réaménagement, se retrouver orientée vers une façade légère, une baie vitrée ou un logement voisin.

La propagation du son dans l’environnement peut alors être très différente alors même que le niveau sonore à l’intérieur de l’établissement semble identique.

C’est précisément pour cette raison que l’EINS ne décrit pas seulement un niveau sonore maximal : elle analyse les conditions de diffusion et leurs conséquences pour les riverains.

Travaux et changement d’aménagement

Une modification de la sonorisation n’est pas le seul événement susceptible de remettre en cause une étude existante.

Des travaux réalisés dans l’établissement peuvent également modifier son comportement acoustique.

Cela peut notamment concerner :

  • la création ou la suppression d’une cloison ;
  • le remplacement d’une porte ;
  • la création d’une baie ou d’une ouverture ;
  • la modification du plafond ;
  • un changement de revêtement ;
  • la création d’une terrasse ;
  • l’installation d’une nouvelle ventilation ;
  • la modification d’un sas d’entrée ;
  • le déplacement de la scène ou de la piste de danse.

Certains travaux peuvent améliorer les performances du bâtiment.

D’autres peuvent au contraire créer de nouveaux points faibles.

Le remplacement d’une porte lourde par une menuiserie plus légère peut par exemple dégrader l’isolement acoustique d’une façade.

De la même manière, une nouvelle extraction d’air peut créer un passage acoustique entre l’intérieur du local et l’extérieur.

L’impact réel dépend donc de la nature des travaux et des caractéristiques initiales du bâtiment.

Modification de l’activité ou des conditions d’exploitation

L’établissement lui-même peut rester pratiquement inchangé alors que son activité évolue fortement.

Un restaurant diffusant initialement une musique d’ambiance peut progressivement accueillir des DJ sets, des concerts ou des soirées dansantes.

Un bar peut étendre ses horaires.

Une salle peut augmenter sa fréquence d’utilisation.

Une terrasse peut commencer à être sonorisée alors qu’elle ne l’était pas lors de la réalisation de l’étude.

Dans toutes ces situations, les conditions de fonctionnement peuvent ne plus correspondre à celles analysées dans l’EINS.

Or l’étude doit être représentative du fonctionnement du lieu et évaluer les impacts sonores prévisibles selon les différentes configurations envisagées.

Il est donc important de vérifier l’adéquation entre le document existant et l’activité réellement exercée.

Faut-il systématiquement refaire toute l’EINS ?

Une modification sonorisation EINS ne signifie pas automatiquement qu’une nouvelle étude complète doit être réalisée depuis zéro.

La vraie question consiste à déterminer si les changements réalisés modifient les hypothèses, mesures ou conclusions sur lesquelles repose l’étude existante.

Une EINS doit représenter les conditions réelles d’exploitation

L’arrêté du 17 avril 2023 précise que l’étude d’impact des nuisances sonores est réalisée en tenant compte des conditions représentatives du fonctionnement du lieu et de l’installation de sonorisation.

Elle comporte notamment :

  • une analyse de l’environnement du lieu ;
  • une analyse des impacts sonores prévisibles ;
  • les principales solutions permettant de prévenir les nuisances sonores ;
  • le cas échéant, une prescription de mise en place de limiteurs de pression acoustique.

Elle doit également tenir compte des différentes configurations prévues pour le lieu.

Il faut donc considérer l’EINS comme la photographie acoustique d’un mode d’exploitation donné.

Si cette photographie ne correspond plus à la réalité, certaines conclusions peuvent devenir inadaptées.

Quand une étude existante peut-elle rester pertinente ?

Toutes les modifications n’ont évidemment pas le même impact.

Le remplacement d’un équipement défectueux par un modèle présentant des caractéristiques comparables, installé exactement au même emplacement et exploité dans les mêmes conditions, peut par exemple ne pas modifier sensiblement la situation.

À l’inverse, déplacer la totalité du système de sonorisation ou augmenter fortement les niveaux diffusés mérite une analyse plus approfondie.

Il faut notamment comparer :

  • l’installation ancienne et la nouvelle ;
  • les niveaux d’exploitation ;
  • l’emplacement et l’orientation des enceintes ;
  • les caractéristiques du bâtiment ;
  • les horaires ;
  • les usages ;
  • les riverains potentiellement exposés.

Dans certains cas, l’analyse documentaire peut permettre de conclure que l’étude existante reste représentative.

Dans d’autres, des mesures complémentaires ou une mise à jour de l’EINS deviennent nécessaires.

Le plus pertinent est donc de faire examiner la situation par un bureau d’études acoustique avant de considérer automatiquement l’ensemble du document comme obsolète.

Quand de nouvelles mesures sont-elles nécessaires ?

Lorsque les modifications peuvent avoir changé la propagation du bruit ou l’isolement acoustique du bâtiment, de nouvelles mesures peuvent être nécessaires pour connaître la situation réelle.

Elles peuvent notamment permettre de vérifier :

  • les niveaux sonores à l’intérieur du lieu ;
  • l’isolement entre l’établissement et les locaux voisins ;
  • les niveaux transmis à l’extérieur ;
  • l’émergence sonore chez les riverains ;
  • le fonctionnement du système de sonorisation ;
  • l’efficacité des traitements acoustiques existants.

Ces mesures permettent ensuite de comparer les performances obtenues aux hypothèses retenues dans l’étude précédente.

L’objectif n’est donc pas simplement administratif.

Il s’agit de vérifier que les conditions d’exploitation actuelles ne génèrent pas un risque de nuisance qui n’aurait pas été identifié lors de l’étude initiale.

Que vérifier avant de modifier son établissement ?

La meilleure stratégie consiste à intégrer la question acoustique avant les modifications, et non après une plainte du voisinage ou un contrôle.

Quelques vérifications permettent souvent d’identifier rapidement les principaux risques.

La sonorisation et les niveaux diffusés

Avant de remplacer un système de diffusion sonore, il est utile de définir précisément les besoins réels de l’établissement.

Une installation plus puissante n’est pas nécessairement synonyme de meilleure qualité sonore.

Dans certains lieux, une meilleure répartition des enceintes peut au contraire permettre d’obtenir un niveau plus homogène dans la salle tout en limitant le niveau nécessaire à proximité de chaque source.

Le bureau d’études peut notamment examiner :

  • la position des enceintes ;
  • leur orientation ;
  • leur directivité ;
  • leur niveau d’exploitation ;
  • la présence éventuelle de caissons de basses ;
  • la distance avec les parois sensibles.

Les basses fréquences méritent une attention particulière.

Elles peuvent se transmettre efficacement à travers la structure du bâtiment et rester perceptibles chez les riverains alors que les fréquences plus élevées sont correctement atténuées.

Une modification apparemment anodine de l’emplacement d’un caisson de basses peut donc modifier fortement la nuisance perçue dans un logement voisin.

L’isolement acoustique et les riverains

L’impact d’une modification dépend aussi de l’environnement.

Un établissement situé dans une zone commerciale isolée ne présente pas les mêmes contraintes qu’un bar installé au rez-de-chaussée d’un immeuble d’habitation.

L’EINS comprend justement une analyse de l’environnement et notamment de la localisation des bâtiments riverains.

En cas de travaux, il faut donc vérifier que les performances acoustiques des éléments sensibles ne sont pas dégradées.

Les principaux points de vigilance peuvent être :

  • façades ;
  • vitrages ;
  • portes ;
  • toitures ;
  • planchers ;
  • murs mitoyens ;
  • gaines ;
  • ventilations ;
  • systèmes d’extraction.

Le son emprunte généralement le chemin présentant la plus faible isolation.

Renforcer fortement un mur n’apporte donc que peu de bénéfice si une porte adjacente reste très peu performante.

L’analyse acoustique doit ainsi porter sur l’ensemble du chemin de transmission entre la source sonore et le voisinage.

Le limiteur de pression acoustique

Lorsqu’un limiteur est prescrit par l’EINS, il fait partie intégrante du dispositif de prévention des nuisances.

L’arrêté du 17 avril 2023 prévoit que les limiteurs éventuellement prescrits soient installés conformément aux préconisations de l’EINS, puis réglés et scellés par des professionnels indépendants de l’établissement.

Une modification importante de la chaîne de sonorisation doit donc conduire à s’interroger sur la pertinence du réglage existant.

Le seuil défini pour une ancienne installation n’est pas nécessairement directement transposable à une nouvelle configuration.

Changer les enceintes, l’amplification, le traitement du signal ou leur implantation peut modifier la relation entre le niveau mesuré au point de contrôle et le niveau réellement émis dans la salle ou transmis à l’extérieur.

Il est donc essentiel de conserver une cohérence entre :

  • l’EINS ;
  • l’installation de sonorisation réelle ;
  • les éventuelles prescriptions acoustiques ;
  • le réglage du limiteur.

Pourquoi anticiper avant de réaliser les travaux ?

Faire vérifier son EINS avant une modification présente un avantage très simple : certaines décisions sont beaucoup plus faciles à corriger sur plan qu’une fois l’installation terminée.

Le déplacement d’une enceinte de quelques mètres, la modification d’une orientation ou le choix d’une porte présentant de meilleures performances acoustiques peuvent être relativement simples pendant la conception.

Après réalisation, les corrections deviennent généralement plus coûteuses.

L’anticipation permet également d’éviter une situation fréquente : investir dans une nouvelle sonorisation puis découvrir qu’elle ne peut pas être exploitée au niveau souhaité sans dépasser les limites acceptables chez les riverains.

Dans ce cas, le problème n’est pas nécessairement la qualité de l’équipement mais son inadéquation avec les performances acoustiques du bâtiment.

Faire intervenir un acousticien suffisamment tôt permet donc de coordonner la sonorisation, le bâtiment et les contraintes liées au voisinage.

Faire vérifier ou mettre à jour son EINS

Une modification sonorisation EINS ne nécessite pas nécessairement de refaire systématiquement toute l’étude.

En revanche, dès lors que la sonorisation, le bâtiment, l’activité ou les conditions d’exploitation évoluent significativement, il est important de vérifier que l’EINS existante reste représentative de la situation réelle.

Une analyse préalable permet de déterminer si le document actuel peut être conservé, s’il doit être complété ou si de nouvelles mesures et une mise à jour plus importante sont nécessaires.

EdB Acoustic accompagne les bars, restaurants, discothèques, salles événementielles et établissements diffusant des sons amplifiés en Lorraine et dans le Grand Est pour la réalisation et la mise à jour des études d’impact des nuisances sonores, les mesures acoustiques et la définition des solutions permettant de limiter les nuisances auprès du voisinage.

Faire vérifier son installation avant une modification importante permet ainsi de sécuriser son projet, d’anticiper les contraintes acoustiques et de maintenir une cohérence entre l’activité réelle de l’établissement et son EINS.